mercredi 3 avril 2013

« Feuilles d’herbe »: Chronique d’une Amérique bichéphale


L’acteur américain, Tim Blake Nelson, passe derrière la caméra et livre un film dans la pure lignée du cinéma indépendant. Appuyé sur un scénario solide, Feuilles d’herbe est un pur joyau underground.




La référence à Walt Whitman est flagrante. Le titre reprend le recueil de poème du célèbre poète américain. Et le scénario, écrit par le réalisateur-acteur, Tim Blake Nelson, met en scène deux frères jumeaux, l’un professeur de philosophie antique et l’autre, un criminel notoire. Tour à tour, on passe d’une citation de Socrate, d’une pensée De Heidegger, d’un titre de Nietzsche à une transaction entre trafiquants de drogues au fin  fond de l’Oklahoma.

Le bien et le mal

Le film se décline  en dualité bien tranchée entre deux univers qui finissent par  s’interpénétrer en une seule vie doublée d’une vision convergente de l’idée de la famille, de la morale et du sens du bien et du mal. Le tout avec une plongée dans le sous-sol de la culture juive américaine avec ses manies, ses tares et ses archaïsmes, ici incarnée par un chef de clan maffieux incarné par un sublime Richard Dreyfuss.  Quand aux frères jumeaux, c’est Edward Norton qui prête sa bouille et sa silhouette à ce duo très éloigné que rien n’est sensé rapprocher. Sauf peut-être cette mère, un peu folle, par moment très sage, jetée dans une maison de vieux, jouée par une excellente et sobre Susan Sarandon.

Feuilles d’herbe se veut une lecture très actuelle des dérives de la société américaine qui peut produire au sein de la même fratrie un philosophe reconnu et un tueur patenté. Et le réalisateur Tim Blake Nelson, très rompu aux films  sur l’Amérique profonde (il a partagé l’affiche avec Georges Clooney chez les frères Coen dans O Brother), a su cadrer les paradoxes d’une société à plusieurs vitesse moralisatrices. D’un côté, la sagesse qui finit par s’allier au crapuleux. De l’autre le crime  qui peut trouver dans la pensée américaine une certaine légalité. Cela dépend de quel point de vue, on se situe dans notre approche des vastes et hypothétiques idées du bien et du mal.

C’est d’ailleurs cette dimension aux allures manichéennes qui fait de ce film est un grand moment du cinéma moderne américain. Loin de la guimauve hollywoodienne, ces feuilles sont d’or.

Réalisé par Tim Blake Nelson

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