mercredi 27 mars 2013

comment arriver à avoir un bac sans trop se décarcasser


Dans le taxi, j’ai pu glaner quelques perles  sur les épreuves du bac de cette année. Chauffeurs, clients, hommes et femmes, chacun y va de son cru. Et tout le monde, bien entendu, pense avoir raison. Le bac, ce n’est plus une sacrée affaire. Il suffit d’avoir les tuyaux nécessaires, si j’en crois le chauffeur de taxi de ce matin pour passer haut la main.

 « Eh oui. Tout  se vend, mon ami. Les épreuves sont connues d’avance. Il suffit d’avoir quelques  connaissances et un bon réseau et le tour  est joué ». Ces propos qui peuvent être très dangereux ne semblent pas du tout inquiéter le taximan, qui prend pour témoin la bonne femme assise à  ses côtés  et qui connaît un large rayon dans le domaine de la débrouille le jour des examens.

Cette dame d’un âge respectable affirme et elle jure par tous ses saints que son fils a eu le bac parce qu’elle a casqué. « Et cela ne vous dérange pas madame, que votre fils même un tantinet cancre arrive à décrocher un diplôme ? » Mais pourquoi voudrais-je que son fils et elle soient gênés par cela. Un diplôme c’est un diplôme.

Et peu importe les moyens, puisque la fin justifie tout. Et comment. Madame a même laissé entendre que des cadres sont de mèche et arrondissent les fins d’années en faisant du négoce rentable d’exams.  Et cette dame a même voulu nous filer le GSM de quelqu’un qui connaît quelqu’un qui pourrait nous démerder les épreuves de physique à cent dirhams.  

Mais 100 dhs, c’est donné, madame. Oui, mais le bonhomme, il vend des centaines d’épreuves, vous voyez le chiffre, monsieur ? Un peu que je vois, cela arrondirait les fins de plusieurs années si l’on compte les dizaines de milliers de candidats. Sans oublier que l’on ne s’improvise pas vendeur d’épreuves du bac du jour au lendemain. Cela doit être un travail bien rôdé avec une longue expérience et des soutiens un peu partout, des gens à payer, d’autres à amadouer pour que le schmilblic avance sans grabuge.

Quoi qu’il en soit, plus personne ou presque, parce que dans le tas, il y a à coup sûr des élèves au-dessus de tout soupçon, ne veut trimer pour passer son bac et décrocher avec honneur un diplôme aussi symbolique. Le passage de l’âge d’enfant à celui d’adulte avec un bac en poche, devrait se faire dans des conditions de moralité exemplaire. Mais bon, aujourd’hui, comme l’a bien résumé la dame du taxi, seule la fin compte, les moyens on s’en fiche.