lundi 17 mars 2014

Les oiseaux rapaces du Maroc: Le tir aux flancs des braconniers

Malgré des lois strictes qui pénalisent tous ceux qui tuent ou chassent à des fins lucratives des oiseaux de proie et autres rapaces comme les aigles, les faucons et les vautours, ces espèces sont sur le point de disparaître au Maroc.




Le spectacle est surréaliste. Place Jamaa El Fna à Marrakech. Un vieux bonhomme, assis à même le sol, une jambe tendue, chaussure noire Puma, chapeau de paille en guise de couvre chef, l’air insouciant, présentant deux spécimen rares d’oiseaux majestueux, qui n’ont plus de leur superbe que de vieilles reliques. Un vautour de l’Atlas capturé et offert aux passant pour quelques centaines de dirhams. Et un petit faucon.  Pour les amateurs de taxidermie, le résultat de la course ne dépasserait pas les 500 dhs. Pour le vieux, c’est une aubaine. Mais le bonhomme ignore tout sur les lois et les règlementations en cours pour la protection de ce type d’espèces. La loi numéro 29-05, relative à la protection des espèces de flore et de faune sauvage et de leur commerce  est claire.
Sanctions sévères
Le dahir du 2 juillet 2011 ne souffre aucune ombre. L’article 63 stipule ce qui suit : « Est puni d’une amende de 30.000 à 100.000 dirhams pour les spécimens des espèces classées dans la catégorie I; d’une amende de 20.000 à 50.000 dirhams pour les spécimens des espèces classées dans la catégorie II; d’une amende de 5.000 à 20.000 dirhams pour les spécimens des espèces classées dans les catégories III et IV, quiconque importe, exporte, réexporte, fait transiter ou introduit en provenance de la mer tout spécimen de ces espèces sans avoir le permis ou le certificat correspondant, en violation des dispositions de la présente loi; détient, transporte, vend, met en vente, achète, utilise à des fins commerciales un spécimen de ces espèces sans pouvoir apporter la preuve que ce spécimen a été acquis conformément aux dispositions de la présente loi et des textes pris pour son application… ». La question que se posent de nombreux internautes sur les réseaux sociaux (car un collectif a été créé pour dénoncer  ce type de trafic lucratif) est simple : les autorités ont-elles réagi ? Et le haut commissariat aux eaux et forêts a-t-il pris les mesures qui s’imposent pour mettre fin au carnage ? Malin celui  qui saura répondre avec exactitude tant le problème des espèces protégés au Maroc demeure très secondaire, voire inintéressant. Un internaute a même écrit que « c’est tant mieux si le bonhomme peut se faire quelques centaines de dirhams en vendant cet oiseau».
Trop tard
Mais le sort réservé aux rapaces du Maroc est partout le même. Aigles royaux, aigle empereur, faucon, buses, milan, vautour gypaètes… font les frais du trafic. En juillet 2013, pas moins de 300 oiseaux ont été destinés à l’Algérie par des trafiquants. La cargaison a été saisie in extrémis par les services de la gendarmerie royale. Et chaque saison apporte son lot de carnage. Des autochtones dans les régions montagneuses ont trouvé le bon filon et s’adonnent à un jeu juteux où il suffit de piéger un rapace pour en tirer des sommes conséquentes. Certains spécialistes parlent d’oiseaux pouvant atteindre les 250 000 dhs au marché noir. Pas étonnant que certains ont font leur travail favori. Et à plein temps.  En dehors du vautour dont il ne reste que quelques représentants, des faucons qui n’ont été sauvés que par la tradition et un centre d’élevage dans le Souss, quelques faucon pèlerins qui nichent dans les villes comme Casablanca où les pigeons et autres souris leur offrent  un gibier garanti, le plus gros des rapaces du Maroc, pays connu jadis par sa richesse en oiseau majestueux, a disparu. Le plus emblématique demeure aussi le cas  du gypaète barbue. Les chercheurs ont établi qu’entre 1905 à 1980, le gypaète barbu vivait dans toutes les montagnes du Maroc et même à très faible altitude.
De 1980 à 2000, il a disparu dans le Rif et on ne le trouvait plus que dans le Haut Atlas et l'Anti-Atlas.
A compter de 2001, le gypaète barbu n'a été aperçu que dans 4 secteurs : Toubkal, Haute Tessaout, M'Goun et Haut Ahansal dans le Haut Atlas.   Ceci pour une espèce qui jouit de l’intérêt des ornithologues et pour laquelle un programme a été mis en place pour la sauver. Que dire alors des autres oiseaux qui non seulement n’ont plus d’habitat naturel, mais là où ils appariassent, il y a un fusil pour les abattre.