lundi 17 mars 2014

« A hautes voix » Destins de femmes

Les éditions Le Fennec publient un ouvrage solide sur les témoignages des femmes de l’association Solidarité féminine, présidée par Aicha Ech-Chenna. Un cri de cœur pour que cessent les injustices.




C’est la présidente de l’association Solidarité féminine Aicha Ech-Chenna qui explique le mieux cet ouvrage raconté à plusieurs voix, dans des tonalités fortes qui veulent se faire entendre. La militante engagée revient sur le pourquoi d’un tel cri de la part de plusieurs femmes, qui ont vécu les affres de l’exclusion et de la peur dans une société censée les protéger.  «Lorsque j’ai entrepris de témoigner dans Miseria il y a maintenant 17 ans, j’ai raconté ma lutte pour dévoiler des vérités insupportables et être le porte parole des « sans voix » rencontr(é)es au cours des 36 années précédentes de travail humanitaire. » Aujourd’hui, les sans voix ont retrouvé leurs mots et ont poussé au plus loin leur refus du silence. Un mutisme qui a assez duré dans un monde de plus en plus cruel qui broie les plus faibles et surtout les femmes.  Comme le souligne à juste titre Aicha Ech-Chenna, «Depuis sa création en 1985, Solidarité Féminine, œuvre sans relâche pour donner une visibilité à ces jeunes mères avec enfant à charge, rejetées par leurs familles et victimes de notre société implacable dans ses jugements.» C’est ce rejet, ces stigmatisations,  ses peurs, cette injustice sans fin qui est ici racontée avec simplicité pour rendre compte d’une réalité marocaine où le calvaire des femmes est loin d’être terminé.

Trop c’est trop

A hautes voix est un ouvrage raconté par les femmes de l’association Solidarité féminine qui donnent à lire et à méditer sur des parcours épars, entre lutte quotidienne pour la survie et la peur des lendemains qui désenchantent.  Et c’est aussi un hommage à une association pionnière qui a accompagné toute ces femmes pour construire une vie et vivre dans la dignité. C’est ce cheminement  certain vers l’indépendance qui est ici mis en valeur.   «Aujourd’hui, ces jeunes femmes sont devenues des citoyennes actives, responsables, capables de revendiquer elles-mêmes leurs droits tout en accomplissant leurs devoirs. Leurs bébés sont devenus des adultes, et ce sont elles et eux qui prennent directement la parole pour dire : leur vécu, leurs combats contre une société injuste et intolérante, contre l’analphabétisme, contre l’irresponsabilité de certains hommes, contre l’ignorance et les préjugés. », précise Aicha Ech-Chenna.  Cette prise de parole est une prise de son destin en main. Aujourd’hui, on revendique un combat et on tente de passer le relai à d’autres femmes pour les aider à franchir ce chemin de croix qui semble ne pas vouloir finir tant les mentalités sont encrassées.