vendredi 20 décembre 2013

Les Marocains souffrent des difficultés d’accès aux soins: Grand corps malade


Tous les voyants sont au rouge au niveau de la santé au Maroc. Des médicaments trop chers, difficultés d’accès aux soins,  manque de médecins, anarchie, corruption et déficit d’éthique de la part de certains praticiens, le pays a mal à sa santé.

La santé est la cinquième roue du carrosse au Maroc.  Ce n’est un secret pour personne. Aujourd’hui les rapports se suivent et versent tous dans la même direction. Dernier en date, celui du Conseil économique, social et environnemental (CESE), rendu public à la mi-décembre 2013,  qui fait un diagnostic sans compromis sur l’état de santé des Marocains et leur calvaire quotidien pour se faire soigner. Le CESE a mis le doigt là où cela fait très mal pour dénoncer les fortes inégalités dans l’accès aux soins et la centralisation du secteur de la santé qui nuit beaucoup aux Marocains. Le tout couplé au manque de moyens humains et matériels, la cherté des soins, la corruption, l’absence de coordination entre le public et le privé et un état d’anarchie qui prend de plus en plus d’ampleur, surtout dans les urgences.
Situation catastrophique
D’abord le déficit humain et matériel. Le ministre de la santé, El Hossein El Ouardi, lui-même, a affirmé devant le Parlement que le Maroc souffre d’une pénurie en personnel, qui tourne autour de 7.000 médecins et 9.000 infirmiers. Ce  manque touche tous les établissements hospitaliers, reconnaît le ministre de la santé.  En effet, le Maroc ne compte que 6 médecins pour 10.0000 habitants, alors que le standard de l’OMS est fixé à 1médecin pour 650 habitants. Le ministre assure que le gouvernement a lancé un programme de formation pour 3.300 nouveaux médecins chaque année. Un plan qui date déjà de quelques années, sans grand résultat, mais qui, selon le ministre de la santé, se poursuit  pour permettre au Maroc d’avoir 10 médecins pour 10.000 habitants d’ici 2020.

La deuxième plaie de  la santé au Maroc demeure encore et toujours ses urgences. D’après les statistiques du ministère de la santé plus de 4,7 millions de patients ont été admis aux urgences en  2012. Ce qui nous donne une hausse de 13 % en comparaison avec 2011.  Mais les critiques fusent de toutes parts pour lever le voile sur une série de dysfonctionnements qui gangrène ce secteur vital de la santé pour les Marocains. La situation est telle que des médecins eux-mêmes déconseillent aux populations de ce rendre dans ces lieux devenus « dangereux pour la santé des citoyens». Des structures figées depuis de nombreuses décennies, les centres d’urgence au Maroc n sont dans l’incapacité d’assurer des soins urgents à des malades  ou des accidentés en détresse. Tout le corps médical sérieux est d’accord là-dessus. Toute assertion contraire est apparentée «à du mensonge», comme l’assène de nombreux professionnels de la santé.
 Rural oublié
L’autre point noir de la santé est celui lié au monde rural. Là, les disparités sont nombreuses. Selon Hakima Himmich, membre de la commission des affaires sociales du CESE, les médecins rechignent à travailler dans les zones rurales. Pourtant, les chiffres officiels nous montrent que 70% des 2 500 centres de santé sont concentrés dans le milieu rural. Pourtant, ils sont inefficaces parce qu’ile manquent de médecins, d’infirmiers et de moyens matériel dignes de ce nom. Il faut savoir que 24% de la population marocaine accèdent difficilement aux soins et vivent à plus de 10 km d’un centre de santé. Cette situation entraine inévitablement une forte mortalité maternelle et infantile dans certaines zones. A ce niveau le CESE attire l’attention sur le problème de l’avortement qui a besoin d’un débat national urgent puisque les chiffres officiels font état de  en 2012 près de 50 000 adolescentes qui ont accouché.
Public-privé
Il faut aussi se pencher sur les inégalités entre secteurs public et privé. Pour les spécialistes, le manque de coordination entre les deux services pénalise lourdement la santé au Maroc. On le sait, le privé emploie 50% des médecins, 90% des pharmaciens en plus de 10% des infirmiers. Pourtant, c’est le secteur public qui prédomine dans « l’organisation de l’offre des soins de santé de base », comme le soulignent les responsables du CESE.  Une concertation avec le public semble donc nécessaire pour l’amélioration des soins. Un dysfonctionnement qui a conduit à la fermeture de quelque 143 de centres de soins publics alors que d’autres centres sont très peu fréquentés.
Reste la cherté des médicaments. C’est là où se concentre le plus grand décalage entre revenus de la majorité des Marocains et les dépenses médicales. 53% des dépenses de santé sont supportées par les ménages. Il y a eu des gestes pour baisser les prix de certains médicaments, mais ce n’est pas du tout suffisant.  Pour les maladies les plus graves, cardiovasculaires, maladies rénales, diabète et autres cancers, mieux vaut être riche pour se faire soigner. Sinon, les pauvres, qui sont la majorité des Marocains, peuvent bien mourir en attendant des soins hypothétiques.
  

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