vendredi 20 décembre 2013

« Danse dans la poussière rouge » de Murong Xuecun: Chroniques d’une justice corrompue


L’écrivain chinois Murong Xuecun signe un roman profond sur la corruption dans les milieux judiciaires en Chine. Un livre référence sur une société que l’on connaît peu.




Il n’est pas aisé de pénétrer dans les soubassements des couloirs de la justice. Surtout pas en Chine où les compartimentations entre services semblent avoir été érigées en bouclier pour ne jamais rien comprendre. Encore moins voir. Pourtant c’est ce qu’a tenté Murong Xuecun dans Danse dans la poussière rouge. Et il a réussi son pari de révéler les rouages d’un rouleau compresseur nommé justice où la corruption gangrène tous les étages des affaires du plus banal  au plus corsé. Murong Xuecun nous raconte ici les pérégrinations d’un avocat qui a décidé de se lancer pieds et mains liés dans l’enfer de la corruption tous azimuts pour faire fortune. Rien ne lui résiste.  Il ne recule devant rien, non plus. Ni morale, ni décence, ni serments ne peuvent faire face à sa convoitise. Parue en 2008, cette histoire revient sur la vie tourmentée de Wei Da. C’est un simple campagnard, issu du milieu rural, qui a pu devenir juriste en distribuant des pots de vin à tout va. Pour Murong Xuecun, la poussière rouge dont il est ici question, terrain d d’une danse bizarre qui ne dit pas son nom, est le symbole de ce monde rempli de mal, où les gens peuvent se déchirer pour avoir  ce que l’autre a dans les mains. Un monde cruel. Un monde sons lois. Sans pitié. Un monde pire qu’une jungle. Car, à parcourir ces pages, la justice et ces corollaires paraît comme une hydre dont les membres se multiplient sans cesse pour broyer des hommes.
  Monde à la dérive
Pour ce jeune juriste, pourtant né durant la Révolution culturelle, le monde devrait se couvrir d’une fine poussière blanche, presque imperceptible. Mais tout se colore de rouge. Couleur de sang. Couleur de l’infamie, dans un monde sans sentiments. Rien de manichéen dans cette fable. Il n’est pas non plus question de bons sentiments pour dénoncer des gens mauvais, animés par la cupidité. Mais juste une histoire bien ficelée pour lever le voile sur des pratiques humaines où il ne subsiste rien d’humain. Cette descente aux enfers montrent à quel point l’être humain peut devenir vil. Il est capable du pire et de l’inimaginable pour arriver à ses fins. Ici le personnage principal est allé si loin qu’elle a pensé tuer une petite amie devenue gênante. Entre cynisme et cruauté, Danse dans la poussière rouge est l’un des romans les plus puissants de cette dernière décennie en Chine. Un livre actuel et sans compromis.
  
Collection Bleu de Chine, Gallimard.  

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