jeudi 28 mai 2015

extrait 2 du roman: Les territoires de Dieu de Abdelhak Najib





"Une de ses fameuses variations était l’amour. La douleur dans la chair. Le petit coin de paradis qui n’avait aucune chance de durer ni de laisser bourgeonner les quelques brindilles d’herbes, vites soufflées par l’ouragan du refus. Refus de la famille, du quartier, des inconnus qui finit par s’étendre à nous pour nous serrer entre deux rives comme des passagers d’un navire fantôme, qui, en pleine tempête, sont surpris par l’absence de leur embarcation. Ils sont là, flottant dans la houle, sur la crête des vagues géantes sans aucune chance de sauvetage. Mais ils ne se noient pas. Ils restent là, presque inertes à sentir la fureur de l’eau leur lacérer les flancs. Mais ne meurent pas. Ne cèdent pas. Ils demeurent comme enchaînés à l’eau, prisonniers du flot, esclaves du ressac."