samedi 22 août 2015

Un extrait très sexe du roman: Les territoires de Dieu de Abdelhak Najib

Un extrait très sexe du roman: Les territoires de Dieu de Abdelhak Najib 



"La plus grande feria du corps a été vécue entre les cuisses de Malika, les lèvres mouillées de son nectar, la tête enveloppée dans un dédale de fraîcheur, de chaleur, d'amour, d'envie, de désir, de crainte et de gloire. Malika m'avait ouvert les portes du paradis en laissant mes lèvres et ma langue glisser sur sa féminité fragile et chevronnée. Elle m'avait offert par cette après-midi estivale l'éternité et un voeu: que la vie soit aussi forte que ce que son amour pour moi m'avait fait entrevoir.
Je n'ai plus été le même depuis ce jour. En devenant l'amant attitré de Malika, son joli petit trésor, comme elle disait, la vie avait pris pour moi une couleur constante, un mélange de rouge et de bleu, qui me talonnait à chaque fois que le désir prenait racine dans mon ventre.
Et elle de me susurrer à l'oreille que je devenais de plus en plus homme et qu'elle allait me faire voir les portes des grands secrets de la vie.
Ces fameuses portes de la perception qui, quand elles s'ouvrent à vous, laissent échapper un filet argenté qui vous transperce comme un scalpel et laisse en vous une écharde de lumière à jamais incandescente. Je devenais de plus en plus homme. Mon corps filait à une vitesse que les autres garçons de mon âge n'ont jamais pu comprendre. Je grandissais à vu d'oeil, aussi chétif et mal nourri mais plus vieux, plus mûr, plus sage, plus intelligent, plus rapide, plus à même de saisir ce que la vie avait de beau sans perdre le moindre instant de bonheur que les jours me donnaient. Malika secouait la tête après chaque étreinte et me disait que bientôt je serais son homme.
Homme. Quel mot magique! Mais qu’est-ce que cela voulait bien dire? Etait-ce grandir, avoir une moustache, porter une barbe et du poil plein le corps? Etait-ce plutôt réaliser ses rêves et ses désirs?  Vivre pour rendre sa vie et celles de autres meilleures, défendre ses principes, quitte à en mourir ? Homme, cela voulait-il dire pousser plus loin dans le limon de la vie ses racines pour que le bien bourgeonne et irradie aux alentours ? Ou alors tout bêtement rendre les femmes folles de leurs corps?
Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’un homme était tout cela à la fois. J’ai dû passer d’une erreur à une autre, oublier, pardonner, me pardonner pour supporter ma vie d’homme.  J’ai dû mourir à moi-même à maintes reprises pour essayer toutes les renaissances possibles où je ne serai pas une copie de tous ceux que je voyais remplir les rues près de chez moi, la mort aiguisée dans le creux de l’œil.
Entre-temps, dans le quartier et à dix ans, j'étais déjà le garçon le plus âgé. Même les adolescents de six ans mes aînés, venaient me consulter pour telle ou telle histoire, une bagarre dans un autre quartier, un problème au lycée ou un amour qui prend corps. Je trouvais les mots exacts pour rassurer tout ce beau monde livré au doute. Certains me vouaient une admiration sans failles, d'autres me haïssaient refusant qu'un gosse comme moi leur montre le chemin.
Et le chemin, je le savais moi. C'était celui qui m'a mené l'espace d'un mètre de mon âge de pierre au sanctuaire de Malika. Les sentiers de la liberté m'avaient propulsé au rang d'un grand petit homme à qui la vie disait l'essentiel.
J’ai compris que le véritable bonheur est d'être conscient que l'on est là, foulant cette parcelle de terre, le coeur battant et les veines vibrantes. Le reste élucubrations de l'esprit et paroles vides de sens. Parce que l'unique sens de la vie, c'est d'exister, sentir son corps prier la grâce de la nature, chanter l'hymne à la joie que la vie prodigue à chaque instant avec chaque atome d'air qui traverse nos artères."