mercredi 2 septembre 2015

Interview de Abdelhak Najib, auteur du roman : « Les territoires de Dieu »: L'observateur du Maroc et d'Afrique

Interview de Abdelhak Najib, auteur du roman : « Les territoires de Dieu »


Propos recueillis par Mohamed Zainabi
 L'observateur du Maroc et d'Afrique 




« Je refuse  toute forme de manipulation au nom de la religion »


Le journaliste, écrivain et présentateur-télé, Abdelhak Najib, vient de signer son roman, « Les territoires de Dieu », le 3 juillet 2015, à la librairie Carrefour des livres de Casablanca. Un roman qui connaît un franc succès sur fond de réquisitoire politique acerbe et de thérapie sociale par le sexe.


Comment expliquez-vous le succès que connaît votre roman ?

Je pense que le public réagit d’abord au sujet, qui est puisé dans le cœur vibrant de la société marocaine, avec toutes ses privations, ses aberrations, ses absurdités et ses espoirs déçus. «Les Territoires de Dieu» raconte la vie de quatre enfants à Hay Mohammadi. Quatre gamins qui en veulent, qui ne se laissent pas faire, qui résistent à tout et veulent à tous prix s’en sortir. Ils y parviennent par le rêve, la créativité, le sexe et surtout grâce à leur soif immense de liberté. Ensuite, il y a le timing de ce roman. Il sort à un moment où le Maroc traverse une zone de turbulences sociales et politiques sur fond d’idéologies antagonistes entre archaïsmes récalcitrants et volonté moderniste hésitante et bancales. Entre les deux, il y a le marasme dont je parle dans ces territoires. Des espaces de vies où l’espoir est une denrée rare, où il y a une telle crise de valeurs et de vision qui touchent les gens. Ils y trouvent un récit  qui s’adresse aux Marocains en leur parlant de la vie, sans fards, sans lifting, sans compromis. Sans oublier que c’est un roman où l’on rit aux larmes de bout en bout, dans une fresque sociale tragi-comique.

Ce roman est aussi une critique acerbe des fanatismes et surtout de la religion telle qu’on veut la véhiculer aujourd’hui ?

Absolument. Ce roman, à travers plusieurs personnages et situations, fait une lecture sans concessions des dogmatismes de tous poils. Je ne suis pas du tout tendre avec le mensonge au nom du sacré. Je refuse  toute forme de manipulation au nom de la religion. Elle en prend pour son grade dans ce récit où le langage devient virulent quand il s’agit des croyances des uns et des autres. La politique qui se sert du référentiel religieux pour le pouvoir est ici malmenée comme tous ces prédicateurs beaucoup-trop-nombreux qui veulent régir la vie des autres. D’ailleurs, combien de crimes ont été commis au nom de Dieu et d’une certaine vérité que certains pensent détenir. Les territoires de Dieu posent la question du sacré comme une affaire personnelle qui une fois utilisée pour servir de base au pouvoir devient nocive, dangereuse, un terrain glissant vers tous les extrémismes. Et le Maroc d’aujourd’hui traverse un moment où les choses sont floues. Dans cette confusion des genres se nichent tous les dangers. Et il faut être très vigilants. Le fin mot de l’histoire dans ces territoires est la liberté de chacun, qui est la seule à nous garantir le salut. Sans cela, nous sommes tous condamnés à vivre des jours troubles.

Hay Mohammadi devient du coup, le centre du monde, l’espace où le destin de tout le monde se joue ?

J’espère avoir atteint à cette vision universelle du monde. Hay Mohamamdi est un quartier où j’ai grandi, où j’ai vécu une partie de ma vie, où j’ai rencontré des destins divers,  mais dans le roman, il peut être n’importe quel autre derb, Harlem, Barbes, Galata, Lavapiès, une favela brésilienne, un quartier paumé au fin fond du Pakistan… il suffit de changer les noms et les géographies et on est servi par les mêmes démons qui veulent nous asservir. Ce qui se passe dans ce périmètre oublié de Dieu se passe partout dans le monde. J’ai rendu compte d’une épqoue, d’un quartier, d’une catégorie humaine, d’un état d’esprit, d’une vie qui va au-delà des frontières de ce pays. Le Maroc devient du coup un prétexte pour parler de ce destin humain qui est aujourd’hui bafoué, où les repères manquent, sans valeurs, mais avec une injustice qui écrase tout le monde comme dans un engrenage implacable, un rouleau compresseur qui ne rate personne.  Sans oublier que Hay Mohammadi est un haut lieu ce la mémoire collective marocaine, une parcelle de terre qui a donné de grands noms auxquels je rends hommage aussi dans cette histoire d’amour et de fureur.