dimanche 18 mai 2014

Interview de Faouzi Skali, chevalier de l’ordre de la légion d’honneur « C’est un hommage rendu à mon pays »

Abdelhak Najib: Vous avez reçu, le 12 mai 2014, vos insignes de Chevalier de l’ordre de la Légion d’Honneur en France, quel est votre sentiment ?

Faouzi Skali : Comme vous pouvez l’imaginez, je suis à la fois extrêmement touché et fier de cette distinction. La cérémonie était grandiose, au sein du Sénat français, parmi de grandes personnalités politiques et artistiques qui à travers ma personne ont témoigné leur hommage au Maroc.

Finalement, c’est là une distinction pour un Marocain, qui survient à un moment où l’on dit les relations entre Rabat et Paris, un peu refroidies ?





Contrairement à ce que l’on peut penser, les relations entre le Maroc et la France sont excellentes.  Il y a certes des passages à vide, mais nos rapports sont profonds et très complexes. Ils sont historiques et dépassent les contingences parfois dictées par des actualités très passagères. Je l’ai bien vécu au Sénat avec les amis du Maroc qui sont très nombreux qui ont salué la place qu’occupe le royaume dans la politique internationale, son rôle de leader régional, ses politiques de réformes sociales et culturelles, tout ce travail de fonds qui place le Maroc dans le concert des nations influentes et respectées dans le monde.

Vous avez insisté à Paris  sur le grand rôle joué par Sa Majesté  Mohammed VI dans ce dialogue des cultures.

Absolument. C'est pour cela que je voudrais avant et après tout rendre l'hommage qui m'est fait aujourd'hui au Roi du Maroc qui incarne plus que jamais ce combat vital pour la coexistence harmonieuse des cultures, à mon pays,  à cette amitié si subtile et si profonde faite de mille liens visibles et invisibles entre nos deux pays, la France et le Maroc, qui a encore tant de choses à  nous dire et à nous enseigner.


Comment les politiciens et les intellectuels  français perçoivent le Maroc aujourd’hui ?

Comme je vous l’ai dit, saluer le parcours d’un homme, qui a dédié sa vie aux valeurs témoigne  de la belle image que donne le Maroc justement sur le plan des principes humains, de la paix, de la Tolérance, de l’ouverture vers les autres cultures. Je suis convaincu que tout cela n'a été possible que parce que mon pays le Maroc porte ces valeurs que je ne faisais que redécouvrir à une échelle personnelle faisant du soufisme et de ses valeurs toute ma vie. L’aspiration  du royaume, depuis des siècles a été de chercher à réinventer l'Andalousie, au-delà des géographies,  comme un état de culture,  un état d'esprit.

C'est ce que vous entendez par l'Esprit de Fès ?

C'est ce qui transparaît dans le préambule de la dernière Constitution du Maroc  avec ce passage qui résume qui nous sommes en tant que Marocain et qui fait notre exemplarité, notre exception aussi. La nouvelle Constitution  dit clairement que l'unité du Maroc est " forgée  par la convergence de ses composantes arabo- islamique Amazighe et Saharo-Hassanie, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africains, andalou, hébraïque et méditerranéen. La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l'attachement du peuple Marocain aux valeurs d'ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. ». C’est cela le Maroc. C’est aussi de cette manière que les autres nations nous voient.

Parlez-nous de la place qu’occupe la figure de Sidi Hamza al Kadiri dans votre vie ?

Sidi Hamza al Kadiri est de ceux qui nous font boire à la source limpide d'une spiritualité qui va au-delà des mots vers l'expérience vécue, les saveurs et la transformation de soi. Celle pour laquelle l'universalité n'est pas une expression abstraite mais une conscience intime, un état d'être.
«Je professe la religion de l'amour disait Ibn Arabî, en quelque direction que se tournent ses montures l'amour est ma religion et ma foi.» L’humanité est amour, c’est cela aussi la voie du soufisme.