jeudi 22 mai 2014

20ème édition Festival de Fès des musiques sacrées du monde: Le voyage des cultures

Faouzi Skali, le président du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, a présenté le 21 mai 2014, dans un hôtel casablancais, le programme et l’esprit de la 20 ème édition du festival 2014. Une édition spéciale à plus d’un titre. D’abord ce sont deux décades de travail et d’existence qui sont fêtées. Ensuite, cette année, le thème choisi est grandiose, dans ce sens que l’on a mis en place une réelle plate-forme de débats pour parler du dialogue des cultures, à un moment clef de l’histoire où les clivages de tous bords prennent de plus en plus les devants de la scène. Une réponse artistique, culturelle pour contrecarrer cet esprit sectaire, belliqueux que vit l’humanité. Rien de tel que la métaphore  de la conférence des oiseaux dans ce conte mystique du 13 ème siècle, où Farid Ud-din Attar nous explique comment, un jour, la huppe a décidé de réunir tous les oiseaux  pour les inviter à entreprendre un grand voyage, pour rencontrer, au bout de leurs périples personnels, le roi des oiseaux, le grand Simurgh.  C’est de cette parabole philosophique sur le cheminement de soi, dans le monde, à travers les autres qu’est née l’idée des cultures du monde qui voyagent et qui doivent immanquablement se rencontrer.




Du 13 au 21 juin 2014, Fès vivra aux rythmes de ce chant des civilisations du monde, à travers une palette d’artistes de grand acabit. De Buddy Guy à Johnny Clegg en passant par Youssou Ndour, Rokia Traoré, Ustad Wasufuddin, Raza khan, Luzmila Carpio ou encore Roberto Alagna. Mais la liste est longue. Elle est émaillée de grandes conférences sur la culture, le monde actuel, ses enjeux humains et son esprit. Cette année l’Afrique occupe une grande place. Il y a certes un grand hommage dédié à Nelson Mandela, à son héritage humain, à son parcours de militant, à son image de conciliateur. Avec au final, cette question : peut-il y avoir un Mandela dans le monde arabe ? On parlera aussi de la mondialisation, avec cette conférence  intitulée : « Une âme pour la mondialisation ». On traitera des « cultures et identités en transition ». On évoquera également les « sociétés multiculturelles et les défis du vivre ensemble » tout en parlant du Maroc et des enjeux de ses propres diversité nationales dont il est riche.  
On le voit bien, le Festival de Fès des musiques sacrées du monde n’est pas  qu’un happening artistique, mais un creuset d’idées et de partage. On y vit certes la spiritualité à travers toutes ces manifestations qui sillonnent la médina à la rencontre des gens, mais on y pose les jalons de réflexions mondiales sur le devenir de l’Homme. C’est cela la force d’un tel rendez-vous : poser des questions, initier des débats, donner corps à des visions humains, au-delà des contingences actuelles. En cela Faouzi Skali a raison de rappeler que la « culture est un puissant vecteur de développement pour l’ensemble de l’humanité ». Et Fès s’est positionnée, depuis des siècles, comme une cité phare de rayonnement idéologique, culturel et humain. Aujourd’hui le festival redonne vie à cet héritage, plusieurs fois séculaire, où l’esprit du Maroc voyage à travers le monde.


Eric Clapton achète une maison à Chefchaouen





Le projet  ne date pas de cette année. Déjà en 1996, Eric Clapton, le grand musicien britannique, voulait habiter la belle ville nichée sur les contreforts du Rif. Le chanteur, auteur de « Leyla » et « Cocaïne », entre autres immenses succès, a avait découvert Chefchaouen lors de son passage à Tanger. La ville lui avait tapé dans l’œil. Calme, charme désuet, simplicité de la vie, c’est le havre de paix pour une célébrité, histoire de se retirer, oublier les feux de la rampe et passer un séjour au calme.  Il avait alors demandé à un ami qui habite Tanger de s’occuper de lui trouver une maison et de l’aménager pour lui. Les choses avaient pris une autre tournure, et l’achat ne s’était pas fait. Là, Eric Clapton, 70 ans, décide de décrocher davantage et aller se réfugier ailleurs. Il choisit Chefchaouen, ce petit bijou de cité pittoresque pour  se ressourcer. Si tout se passe bien, il y fêtera son 70 ème anniversaire, le 30 mars 2015.

dimanche 18 mai 2014

Interview de Faouzi Skali, chevalier de l’ordre de la légion d’honneur « C’est un hommage rendu à mon pays »

Abdelhak Najib: Vous avez reçu, le 12 mai 2014, vos insignes de Chevalier de l’ordre de la Légion d’Honneur en France, quel est votre sentiment ?

Faouzi Skali : Comme vous pouvez l’imaginez, je suis à la fois extrêmement touché et fier de cette distinction. La cérémonie était grandiose, au sein du Sénat français, parmi de grandes personnalités politiques et artistiques qui à travers ma personne ont témoigné leur hommage au Maroc.

Finalement, c’est là une distinction pour un Marocain, qui survient à un moment où l’on dit les relations entre Rabat et Paris, un peu refroidies ?





Contrairement à ce que l’on peut penser, les relations entre le Maroc et la France sont excellentes.  Il y a certes des passages à vide, mais nos rapports sont profonds et très complexes. Ils sont historiques et dépassent les contingences parfois dictées par des actualités très passagères. Je l’ai bien vécu au Sénat avec les amis du Maroc qui sont très nombreux qui ont salué la place qu’occupe le royaume dans la politique internationale, son rôle de leader régional, ses politiques de réformes sociales et culturelles, tout ce travail de fonds qui place le Maroc dans le concert des nations influentes et respectées dans le monde.

Vous avez insisté à Paris  sur le grand rôle joué par Sa Majesté  Mohammed VI dans ce dialogue des cultures.

Absolument. C'est pour cela que je voudrais avant et après tout rendre l'hommage qui m'est fait aujourd'hui au Roi du Maroc qui incarne plus que jamais ce combat vital pour la coexistence harmonieuse des cultures, à mon pays,  à cette amitié si subtile et si profonde faite de mille liens visibles et invisibles entre nos deux pays, la France et le Maroc, qui a encore tant de choses à  nous dire et à nous enseigner.


Comment les politiciens et les intellectuels  français perçoivent le Maroc aujourd’hui ?

Comme je vous l’ai dit, saluer le parcours d’un homme, qui a dédié sa vie aux valeurs témoigne  de la belle image que donne le Maroc justement sur le plan des principes humains, de la paix, de la Tolérance, de l’ouverture vers les autres cultures. Je suis convaincu que tout cela n'a été possible que parce que mon pays le Maroc porte ces valeurs que je ne faisais que redécouvrir à une échelle personnelle faisant du soufisme et de ses valeurs toute ma vie. L’aspiration  du royaume, depuis des siècles a été de chercher à réinventer l'Andalousie, au-delà des géographies,  comme un état de culture,  un état d'esprit.

C'est ce que vous entendez par l'Esprit de Fès ?

C'est ce qui transparaît dans le préambule de la dernière Constitution du Maroc  avec ce passage qui résume qui nous sommes en tant que Marocain et qui fait notre exemplarité, notre exception aussi. La nouvelle Constitution  dit clairement que l'unité du Maroc est " forgée  par la convergence de ses composantes arabo- islamique Amazighe et Saharo-Hassanie, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africains, andalou, hébraïque et méditerranéen. La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l'attachement du peuple Marocain aux valeurs d'ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. ». C’est cela le Maroc. C’est aussi de cette manière que les autres nations nous voient.

Parlez-nous de la place qu’occupe la figure de Sidi Hamza al Kadiri dans votre vie ?

Sidi Hamza al Kadiri est de ceux qui nous font boire à la source limpide d'une spiritualité qui va au-delà des mots vers l'expérience vécue, les saveurs et la transformation de soi. Celle pour laquelle l'universalité n'est pas une expression abstraite mais une conscience intime, un état d'être.
«Je professe la religion de l'amour disait Ibn Arabî, en quelque direction que se tournent ses montures l'amour est ma religion et ma foi.» L’humanité est amour, c’est cela aussi la voie du soufisme.




Chaque jour, sa veine: « Le Maroc va gagner la coupe du monde 2018 »

Le débat enfle sur les aptitudes de Badou Zaki à faire quelque chose avec le onze marocain de football. Dans le taxi, ce matin, le chauffeur semble être dans la confidence. Pour lui, Zaki «  gagnera la Coupe d’Afrique 2015. Après, il va prolonger son contrat et le Maroc ira au Mondial 2018. On peut même jouer une demi-finale ». Rien que cela ! Le rêve est permis. Et il fait vivre. Ce n’est pas moi qui vais empêcher cet homme de sombrer dans un songe aussi douillet. Car, ce sont souvent les arrangements avec soi qui procurent la paix de l’âme. Si ce chauffeur de taxi se sent bien en pensant déjà à une demi-finale contre la Mannschaft en 2018, et alors ? Tant mieux. Il peut même visualiser dans son esprit, la finale, contre le Brésil et  un Marocain, pourquoi pas Metouali, même à un âge très avancé, brandir la coupe du Monde, au grand bonheur de tout un peuple. Eh oui, le rêve est beau. Il est bon. Il est doux. Il donne un bon teint. Il fallait voir la lumière dans les yeux du taximan quand il imaginait la scène de la demi-finale ! Un régal. Je me demande juste pourquoi il s’est arrêté à la demi-finale ? Pourquoi pas la Coupe décrochée et tout le tralala ? Autant rêver grand tant que c’est gratis. Non, le taxiste a une théorie sur le rêve : «non dans un premier temps, on va en demi. Après, on attaque les choses sérieuses et on pense à la finale ? Chaque chose en  son temps ». Tout à fait, monsieur. Il a raison, il ne faut pas non plus avoir les yeux plus gros que le ventre. Direct, comme ça, une finale, c’est un peu aller trop vite. Non, la logique voudrait qu’on grimpe les échelons un à un.  Donc, rendez-vous en 2018, au moins une demi et si tout va bien, on réalise le Jackpot. Moi, cette idée me plaît. Et ce chauffeur de taxi aussi.

Chronique "Chaque jour sa veine" : les clefs du paradis



Toujours un taxi. Un autre. Les situations humaines s’y suivent. Elles ne sont jamais les mêmes. C’est un réel laboratoire humain, un rafiot rouge à Casablanca. Après l’épisode de la Rifaine et du Aroubi et leur échange sans merci, en voilà une histoire à raconter. Vendredi matin. Journée de grande sacralité.  Même ceux qui ne sont pas des adeptes de la prière s’y mettent. Histoire de sauver quelques apparences. Ou alors en jeter plein la vue à d’autres. Bref, le chauffeur de taxi est en goguette. Radio à fond. Prêche tonitruant. Et une histoire d’enfer où tous les mécréants iront griller le jour du jugement dernier. Jusque-là tout va bien. Rien de bien particulier sous le soleil de Dieu, dans un taco pourri de la ville blanche. Sauf que nous sommes à Casa, et il est impensable de ne pas se mettre quelque chose sous la dent. Il faut juste savoir là où il faut regarder. Et surtout de quel côté tendre l’oreille. Monte un jeune homme, crâne rasé, écouteurs aux oreilles. Il lance sa destination et remet la musique à fond. Le chauffeur s’en offusque. Moi, derrière, je jubile. C’est repartit. Le gamin en aura pour ses décibels.  «Tu n’as pas honte, avec ta coupe ! C’est de Dieu qu’il s’agit là, enfant perdu. Il faut que tu te maîtrises ». « Mais je suis bien maîtrisé, frère. Dieu est dans mon cœur, je l’aime autant sinon plus que Toi ». Là, ça se corse. Le taxiste se met en rogne. Franchement. Avec véhémence. « Tu n’es qu’un sale con ! ». Oh la la ! Ca va péter sec. « Un con et toi tu es le roi des minables, avec ton taxi de rien du tout et ton prêche auquel tu ne piges traître mot. Si ça se trouve tu ne fais jamais ta prière, mais là tu la joue pieux pendant une hure et tu veux le crier fort ».  Bine lancé. Le gosse a de la gnaque. Ce n’est pas un tendre. Cela promet. Le taximan encaisse et lance : «Des comme toi, je les mange en ptit déj ». Là, je n’en pouvais plus. Il fallait réagir. Les zygomatiques ont fait leur boulot. Je suis aux anges. Quelle balade en taxi par un vendredi saint. Vivent les échanges entre fidèles ! Je tente une percée dans le chaudron des idées : « Mais mon frère dans l’islam, le petit a l’air sympa. C’est juste un malentendu. C’est même possible que vers 13 heures trente, il va troquer sa musique contre de bons versets du Coran et tout le monde il est heureux et tout le monde il est pacifiste ».  Le gamin me contredit : « Non monsieur, tant que des incultes nous servent leur daube haineuse sur la religion, je la leur laisse. Moi je suis musulman, je ne fais rien de mal, je ne vole personne, je mens de temps à autre, comme tout le monde, mais je ne fais aucun mal à personne. La prière finira par me retrouver, mais pour le, moment j’apprends à vivre ». Ah, là, je suis ébahi. Ce gamin a cloué le bec au chauffeur. En guise de rage, il lui jure comme un sort dont il le secret : « tu es destiné au feu des enfers ». Le gamin ouvre la portière, paie sa course et lui jette : «si tu les clefs du paradis, garde-les ». Amen.

Chronique "Chaque jour, sa veine" : Instinct tribal à la marocaine

Dans la fraîcheur du matin, vitres ouvertes, le taximan écoute sa station de radio préférée, quand monte une dame. La quarantaine, très jolie, l’accent bien typée du Nord. Très vite, le chauffeur lui fait la remarque. La dame sourit. Mais le bonhomme insiste. Assis derrière, j’attends la suite. Et cela n’a pas tardé. La bonne femme lui assène, de but en blanc, «  par contre toi, ton accent est aroubi ». Le type fulmine. Il est passé du sourire au rictus, à la vitesse de la lumière. La bonne femme, elle, sourit et se retourne comme pour m’inviter à apprécier son direct de droite. Le gars fait pareil pour me prendre à témoin. Et il se lance : «Est-ce que tu sais que ce sont les Aroubis qui ont chassé le colon français ?» Et la jolie dame de lui rétorquer : «Est-ce que tu sais que c’est Abdelkrim El Khattabi qui a botté le derrière aux Espagnols ?» La bataille tribale est lancée. La suite doit être magnifique. Je jubile. J’attends. Le mec ne se démonte pas. Il riposte : «Moi mon père était résistant. Il a fait de la prison, il est connu à Bournazel ». « Le mien aussi a fait le maquis dans le rif et il a été porté disparu en Espagne avant de revenir, 7 ans plus tard ». L’étalage de la bravoure familiale de l’un et l’autre devient captivant. Je trépigne. Je veux plus. Je garde un silence pieux. Mais la joute change de cap : «on ne peut pas faire confiance aux Rifains ». Et les « Aroubis sont incultes ». Là ça tourne au pugilat. Carrément. La bonne femme est coriace. Elle ne se laisse pas faire. Le type, lui, vire au macho : « Vous, les femmes, vous n’avez rien fait pour ce pays ». Aiie ! Le Aroubi  a mis les pieds dans le plat. En douce, la voix posée, la Rifaine, à l’accent à couper au couteau, jette: «nous les femmes on fait des enfants, c’est déjà énorme, mais je n’aurai pas été fière de te mettre au monde». Uppercut, droit dans les côtes. Le type est HS. Il est sonné. Il met du temps pour répondre. Pas de parade à ce type de saillie. Il faut s’avouer vaincu. La bonne femme demande à descendre. Le compteur affiche 12 dhs. Elle lui met un billet de vingt  dans la main et lui dit, en fermant la portière, « Garde la monnaie ».


Un documentaire sur les mères célibataires au Maroc projeté à Cannes: Mères courage et le poids des autres

Finalement le Maroc est à l’honneur à Cannes. Pas de films en compétition. Pas encore.  Mais un documentaire qui traite d’un phénomène social marocain. En effet, c’est un journaliste espagnol qui se penche sur le sujet. Il s’agit de Lorenzo Benitez, un documentariste andalou, qui a choisi comme sujet, le calvaire des mères célibataires au Maroc. Il décortique dans son docu, intitulé : « Mères invisibles », la vie, le parcours, les problèmes, le jugement de la société, le poids de la honte… de milliers de femmes dont le destin terrible met au ban de la société marocaine. Le film, dont la valeur artistique a été mise en avant par MIPDoc, la Mecque mondiale du documentaire,  a été chois parmi 150 projets. Il est projeté avec quatre autres films et s’annonce déjà comme un opus coup de poing, très actuel, et sans compromis sur un drame humain. Le film colle à ses personnages, dans un road-movie, très réaliste. On accompagne par exemple, le périple de Hafida, qui est contrainte de fuir sa famille. On se penche sur le destin du petit Safouane, qui cherche à savoir qui est son grand-père. « Mères invisibles » prend le problème de son côté le plus humain. Il est vrai, qu’en filigrane, il y a tout une critique dure sur le silence des autorités face à une situation intenable qui touche des enfants nés de ces mamans, dont l’avenir demeure dans le flou le plus total. Mais le propos du réalisateur est de révéler au monde la souffrance de ces femmes, leurs vies brisées, l’avenir incertain de ces enfants nés sous X. Le film documentaire pose aussi de nombreuses questions sur les changements et mutations que peuvent connaître des sociétés comme  c’est le cas au Maroc. Car, qu’on ne se méprenne pas : malgré des archaïsmes qui ont la peau dure, la société civile bouge au Maroc.  Il y a un travail de fond qui est fait au quotidien par des associations qui aident ces mères célibataires à vivre dans la dignité, et surtout à offrir à leurs enfants un autre regard que celui du jugement simpliste et accusateur.